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22 septembre 2012

Golias hebdo/ france2 tire sur l’ONF au nom de la rigeur

France 2 tire sur l’ONF, au nom de la rigueur Olivier Vilain / Golias Hebdo / 15.09.12

La mode est à l’austérité budgétaire. France 2 participe à la campagne de rééducation du public. Au risque de multiplier les erreurs, les approximations et les silences gênés.

Les coupes ! Les coupes ! C’est officiel, la rigueur et l’austérité sont à l’agenda du pouvoir exécutif. Le budget public va comprendre 10 milliards d’euros de coupes (auxquelles s’ajoutent 20 milliards de hausse d’impôts). La composition de ce programme met plus à contribution les hauts-revenus et les gros patrimoines que les plans de rigueur mis en place par le gouvernement Fillon. Mais, l’austérité version Hollande va se traduire par une diminution de la demande totale, une baisse des carnets de commandes et affaiblira l’activité économique dans son ensemble. L’empilement des politiques d’austérité partout en Europe a déjà ce résultat, comme l’a enregistré l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), qui regroupe les pays les plus riches sauf la Chine. « L’économie mondiale ralentit, les pays européens entrant dans une récession dont les effets se font maintenant sentir à l’échelle mondiale », estime Pier Carlo Padoan, le chef économiste de l’OCDE. Grande première depuis 2009, l’économie allemande devrait également se contracter, a prévenu l’OCDE, comme l’avait prédit depuis longtemps les syndicats et les intellectuels critiques, ou encore Golias. Pier Carlo Padoan prévient aussi qu’il pourrait réduire une nouvelle fois ses perspectives de croissance. En ligne de mire, le « chômage persistant » et une possible « contraction budgétaire », qualifiée d’« excessive ». L’OCDE craint surtout que les États-Unis viennent à leur tour à adopter cette stratégie, qui soit dit en passant à échoué partout, en particulier en Grèce, en Italie, en Espagne, en Lituanie, en Irlande ou encore au Portugal, pour ne prendre que ces exemples. Coupe des budgets publics et chômage persistant Même la très orthodoxe OCDE reconnaît que la contraction des budgets publics alimente la persistance du chômage de masse. Cette analyse est détaillé depuis plusieurs années par la Commission des Nations-unies pour le commerce et le développement (Cnuced) mais aussi l’Organisation internationale du travail (OIT). Dans un rapport publié au début de cet été, l’OIT a avertit d’une nouvelle vague de chômage en Europe. Selon lui, les 17 pays de la zone euros risquent de perdre 4,5 millions d’emplois d’ici à 2016 en raison de l’austérité budgétaire et l’absence de « remise en état du système financier ». Il y aurait alors 22 millions de chômeurs, soit deux fois plus qu’en 2008. Pour le cas français, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) calcule que la rigueur budgétaire va provoquer la perte de 300 000 emplois. Il faut croire que ces informations et ces analyses ne sont pas parvenues à la rédaction de France 2. Le 12 septembre dernier, à la 12e minute du journal télévisé de 13 heures, Elise Lucet, sa présentatrice lance, après un reportage sur le CHU de Caen au bord de l’asphyxie financière : « Dans ce climat de recherche effréné d’économie d’argent public, le Conseil d’Etat publie un rapport qui va sûrement faire du bruit. Il affirme que les agences de l’Etat échappent à toutes les coupes demandées par le gouvernement, ce n’est pas anodin car cela regroupe 103 agences et 140 000 salariés (sic). L’institution parlerait même d’un bateau ivre. » Elle cite au passage l’Ifremer, Pôle-emploi, l’ONF, Météo France. Le reportage suit. Le journaliste Valery Lerouge présente le rapport du Conseil d’Etat qui trouve que les agences d’Etat dispose de plus souplesse dans leur recrutements que dans la fonction publique. « Un peu trop de souplesse, affirme Valery Lerouge, car, en cinq ans, l’emploi dans les agences a gonflé de 6% et le budget de 15%. » Lui aussi cite parmi ces agences l’ONF. Le journaliste passe la parole à Jacky Richard, le rapporteur du rapport, qui voit dans cette situation une « dérive ». Valery Lerouge termine son sujet en rappelant que Marilyse Lebranchu, ministre de la réforme de l’Etat, a promis d’appliquer aux agences de l’Etat le même régime de rigueur que celui qui est appliqué à la fonction publique. La colère de Solidaires L’équipe de France 2 fait un choix puisque la partie du rapport qui porte sur l’économie des agences représente 3 mesures sur 25. Le reste aborde plutôt les problèmes d’organisation des agences et de meilleure coordination avec les autres composantes de la fonction publique. Cette présentation a, en outre, ulcéré le Syndicat National Unifié des Personnels des Forêts et de l’espace Naturel (Snupfen), affilié à Solidaires. « France 2 épingle l’ONF, au côté d’agences de l’Etat qui auraient augmenté leurs effectifs, en moyenne de 6%, sur les 5 dernières années. C’est faux ! 700 postes ont été supprimés sur cette période », note dans un communiqué Philippe Berger, du Snupfen. Il déplore qu’une telle « erreur » ait pu se glisser dans le sujet de France 2. Un constat confirmé par un rapport, datant de 2009, rendu par la Cour des comptes – une institution dont les rapports font en général « du bruit », c’est-à-dire qu’ils sont largement repris par les grands médias comme France 2. Dans ce rapport, la Cour des comptes établissait que l’ONF avait perdu 17% de ses effectifs depuis 2002. Ce dernier rapport critique lui aussi l’ONF car la masse salariale avait augmenté de 15% sur la période, malgré les suppressions de postes. Sur une plus longue période, la saignée est encore plus importante. « Pour mémoire en 1985, l’ONF employait 15 000 personnes, aujourd’hui à peine 9 000.Cette mise au pilori médiatique de l’ONF, alors que les forestiers ont subi de nombreuses réductions de poste bien avant que la RGPP ne s’impose à l’Etat, sonne comme une réelle provocation », ajoute Philippe Berger. La pilule a d’autant plus de mal à passer que depuis des années le Snupfen alerte inlassablement, en étant repris très rarement par les médias, sur les baisses d’effectifs imposées à l’ONF et des craintes qu’à terme la gestion publique des forêts soit privatisée. En ce moment même, « les forestiers luttent contre le nouveau contrat Etat/ONF 2012/2017 qui prévoit à nouveau la suppression de 700 postes », relève Philippe Berger qui espère, au nom du Snupfen, que la vérité puisse être rétablie dans les médias. Le bilan jamais fait de la RGPP Le syndicat aurait aussi pu suggérer à France 2 de faire le points sur la RGPP, le plan d’économie mis en place par le gouvernement Fillon dans la fonction publique. Le syndicat FO en a fait un bilan détaillé dans Le livre noir de la RGPP. Cette politique conduira à la suppression de 500 000 emplois postes de fonctionnaires entre 2007 et 2013, soit 10 % des effectifs des trois composantes de la fonction publiques, au risque de désorganiser les missions de services publics. Le tout pour des économies de bouts de chandelles. « La cour des comptes, comme les missions parlementaires, démontre que la RGPP pourrait, au mieux, représenter (…) une économie totale de 8 milliards d’euros. Une économie qui engendre de nombreux coûts pour tous les usagers, en particulier les plus fragiles et les plus démunis », écrit FO qui estime que « la véritable question est celle des besoins publics, des missions et de l’organisation publiques qu’ils induisent puis de leurs financements par le biais d’une véritable réforme fiscale redistributive. » La confédération propose de remettre l’impôt sur le revenu au coeur de la fiscalité et de supprimer les niches fiscales injustes et dont l’efficacité économique est nulle. Quelle sont ces niches fiscales ? La CFDT, à son tour, en a identifié deux : la TVA réduite dans la restauration et dans le bâtiment. Revenir sur ces niches fiscales apporterait 8 milliards d’euros par an, soit plus que la RGPP.

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