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27 décembre 2012

La forêt et le bois français pillés

Lu sous http://www.consoglobe.com/foret-et-bois-francais-pillage-cg


06/2012

Peut-on imaginer que n’importe qui puisse s’approvisionner librement dans les champs de pétrole russe ou arabe ? Non. Et bien, c’est pourtant ce qui se passe pour la forêt française et européenne : les bois européens sont en libre accès. Les chênes français qui ont mis plus d’un siècle à pousser sont exportés sans plus-value, sans contrepartie … au détriment des professionnels du bois. Pourquoi et que peut-on y faire ?

Les arbres s’enfuient vers la Chine ; la forêt d’Europe trinque

La filière bois insuffisamment structurée

En France, 430 000 emplois sont en danger car la forêt de production est en danger.

La France est le 11ème producteur de bois au monde.

Exporter des bois sciés plutôt que des grumes, c’est conserver la valeur ajoutée, et donc le travail sur place

« Arrêtez l’hémorragie ! ». C’est le cri d’alarme de la Fédération Nationale du Bois (FNB) qui dénonce un véritable exode des chênes et des hêtres vers la Chine (des grumes, c’est-à-dire des troncs, pour être précis).

 

Compétition déloyale et effet boomerang

Explication  : la France représente une part très importante des importations chinoises de bois, et précisément de grumes de chênes et hêtres. Et la demande chinoise croit sans cesse, et pas qu’un peu !

<span style="color: rgb(153, 51, 0);">Où est le problème ? Ces exportations ne font-elles pas le bonheur des forestiers exportateurs ? D’autant qu’avec la demande insatiable de la Chine les prix ont augmenté significativement (+20% pour le chêne, +15% pour le hêtre) ?

Exportations de bois – quelques repères

  • Les importations chinoises de grumes de chêne en provenance de France ont ainsi flambé de 137% en 2010 et de 108% en 2011.
  • La Chine est désormais le deuxième marché d’exportation des grumes de feuillus de France, derrière la Belgique – cette dernière cachant en réalité les commandes de traders qui réexportent sur d’autres continents depuis le port d’Anvers.(1)
  • Selon la FNB, La filière Forêt-Bois en France :
    –> D’un point de vue environnemental  : la filière forêt-bois contribue à séquestrer et à prévenir les émissions de CO2 à hauteur de 22 %
    –> D’un point de vue économique : la filière forêt-bois emploie 440 000 personnes en France

Selon Laurent Denormandie, président de la FNB, « avec l’Italie et l’Espagne (débouchés traditionnels du bois produit en France, ndlr), les volumes étaient à peu près stables. Avec la Chine et l’Inde, on a l’impression que ce mouvement va crescendo. C’est un gouffre sans fin  ».

La croissance des exportations de bois est une fausse bonne affaire

Cet « aspirateur chinois » provoque, comme pour les autres ressources naturelles, des tensions sur les marchés, et donc des hausses de prix de la matière première Bois dans les scieries européennes. Les scieries courent le risque d’avoir de plus en plus de mal à  s’approvisionner en bois.

Quant aux industries de seconde transformation, elles subissent la concurrence accrue de produits chinois très bon marché qui d’une certaine manière « reviennent » en Europe : le bois brut exporté vers la Chine est vendu sur le marché européen en produits finis ou semi-finis, chargé d’une valeur ajoutée produite en Chine

Marché du bois ; l’Europe naïve ?

Contrairement à la Chine, l’Europe n’a instauré aucune politique tarifaire pour soutenir ses industriels et sa filière de transformation. La Chine, elle, s’appuie sur une politique tarifaire qui favorise son industrie de transformation. D’où le déséquilibre.

Un déséquilibre qui au total ne menace pas que les exportateurs mais aussi la survie du reste de la filière bois, la première et la seconde transformations :

- Parce que, on l’a vu, les prix des matières premières augmentent trop vite,

- Parce que dans le même temps, la matière première se fait plus rare et l’approvisionnement plus difficile,

- Parce que, surtout, Chinois et Indiens se sont spécialisés dans la production de parquets et meubles dont les importations en France et en Europe, sans contrainte, explosent,

- Parce que les industriels de seconde transformation français ne sont pas compétitifs face aux asiatiques.

Bois – Une politique tarifaire déséquilibrée

La politique tarifaire chinoise conduit très exactement à importer des bois non travaillés. Alors qu’aucun de ses produits n’est taxé à l’entrée en Europe, pour favoriser ses transformateurs, la Chine taxe les importations :

  • - De bois brut à 8%
  • - De sciage à 14%
  • - De parquets à 20%
  • - De meubles à 100%

La Fédération française du bois s’inquiète ainsi de la probable fermeture de nombreuses scieries et industries de la seconde transformation. Elle réclame une régulation de l’exportation de bois. Il faut agir « avant la disparition de l’outil industriel ». Elle souhaite ainsi freiner l’exportation de bois brut au profit de bois ayant subit en France une minimum de transformation et donc une augmentation de sa valeur ajoutée (transformation en planches, par exemple).

Il ne s’agit pas de pointer du doigt les exportateurs de grumes qui seraient des accusés faciles, mais il faut (pour la sylviculture comme en d’autres domaines) une action régulatrice à l’échelle de l’Europe. Des mesures (taxe carbone, TVA sociale, …) imposées aux produits chinois pourraient réduire les écarts de compétitivité.

Le rééquilibrage des taxes européennes et chinoises ne ferait que du bien à nos forêts finalement. Messieurs les Politiques, à vous d’agir….

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