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10 novembre 2013

Armes chimiques, la bombe à retardement de 14-18

A quelques jours des commémorations de la Première Guerre mondiale, le Plus de France Info est consacré ce vendredi matin aux armes chimiques qui polluent toujours l’ancienne ligne de front à l’est de la France, notamment sur le champ de bataille de Verdun.

Le plus France Info Armes chimiques, la bombe à retardement de 14-18 le Vendredi 8 Novembre 2013 à 07:15

La place à gaz : un site où l’armée a fait exploser sans précaution 200 000 obus chimiques dans les années 20. © Radio France - F. Radet

Au milieu des bois denses et colorés de la forêt de Spincourt, se cache une étrange clairière au sol noir recouvert de mousses. Bienvenue sur la place à gaz. Un site où l’armée a fait exploser, sans précaution, 200.000 obus chimiques dans les années 1920.

Ce site tout le monde le connaissait dans la région, mais personne n’avait conscience des risques avant que deux universitaires allemands ne s’intéressent au sujet en 2004. Tobias Bausinger, de l’université de Mayenne, va découvrir dans ses analyses du sol de la clairière qu’elle contient un taux d’arsenic mille fois supérieur à d’autres terrains.

"Le problème c’est aussi la contamination de l’environnement"

Problème : les agents de l’ONF (Office national des forêts), les chasseurs ont pris l’habitude de venir pique-niquer dans l’abri installé dans la clairière. La préfecture fait fermer le site. Depuis, Thierry Pfeiffer, délégué du SNUP FEN Solidaires à l’ONF, se bat pour que la vingtaine d’agents forestiers qui a fréquenté ce site fasse l’objet d’un suivi médical.

"Le problème c’est aussi la contamination de l’environnement avec le vent, les eaux de ruissèlements", explique le syndicaliste. Les autorités viennent de demander la démolition de la cabane, mais aucune restrictions pour la consommation des champignons ou du gibier.

"On sait qu’il y a d’autres place à gaz, notamment dans les Deux-Sèvres. Ça pose des problèmes aux agriculteurs parce que l’eau d’irrigation et de forage est trop polluée à l’arsenic", explique Jacky Bonnemain des Robins des Bois. L’association a fait un inventaire de toute les découvertes d’armes et notamment d’armes chimiques faites en France. "La loi archives de 2008 empêche de divulguer les anciens sites de destructions ou de stockage des armes chimiques", poursuit le porte parole de l’association.

600 tonnes d’armes retirés chaque année

La Première Guerre mondiale porte bien son nom de "sale guerre". Obus au phosgène, à l’ypérite aussi appelé gaz moutarde, chlore, arsine ont été utilisés. Les armées utilisaient notamment des gaz pour passer à travers les masques des soldats et pour les faire sortir de leur tranchée. Verdun fut le théâtre d’une immense boucherie avec plus de 300.000 morts, neuf villages détruits où plus de 60 millions d’obus ont été tirés.

Contrairement à d’autres endroits, il a été laissé en l’état pour la mémoire des victimes. "On estime que sur le milliard d’obus tirés sur toute la ligne de front de 14-18, 15% n’ont pas explosé", avoue Eric Lombard, chef adjoint au bureau de déminage de la Sécurité civile. Mais même les armes classiques avec leurs explosifs et leur corrosion contiennent des métaux lourds qui polluent encore aujourd’hui les sols.

Une affiche au centre de déminage de Metz.

A l’automne 2012, 550 communes du Nord-Pas-de-Calais se voient privés d’eau potable à cause d’une pollution au perchlorate d’ammonium. Un composant des détonateurs d’armes de la Première Guerre mondiale. Les Robins des bois regrettent de ne pas connaitre les autres sites d’élimination des armes chimiques comme en forêt de Spincourt. Des sites qu’il faudrait sécuriser voire dépolluer.

SECOIA : usine d’élimination propre des armes chimiques

Après avoir été explosées en baie de Somme, jusque dans les années 90 , les armes chimiques que les services de déminages découvrent chaque année sont stockées à la base militaire de Suippes dans la Marne. 200 tonnes vont enfin faire l’objet d’un traitement adéquat. Les travaux de construction de l’usine SECOIA, monté par Astrium viennent de commencer cette semaine.

Ce projet, entièrement automatisé, doit faire exploser dans une chambre blindée et étanche les munitions. "Par un système de filtration à plusieurs étages, nous traitons ensuite les résidus gazeux. Jusqu’à les contenir dans des bonbonnes", explique Albert Dapra, pilote du projet chez Astrium. L’usine sera donc sans cheminée. Elle doit entrer en service en 2016 et embauchera une vingtaine de personnes.

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