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19 février 2016

les forêts de conifères réchauffent l’Europe

De 1750 à 2010, la surface des forêts européennes a augmenté de près de 200.000 kilomètres carrés. Pourtant, la transformation des forêts pendant ces 260 ans a causé une légère hausse de la température moyenne sur le continent, au lieu de ralentir le réchauffement climatique, selon une équipe de chercheurs du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, à Gif-sur-Yvette. Kim Naudts, spécialiste de l’environnement, et ses collègues ont construit un modèle à partir de données sur la forêt européenne rassemblées depuis 1750 : répartition des essences, méthodes utilisées pour récolter le bois, etc. Leur étude, publiée dans la revue Science, montre que malgré un accroissement de 10% de la surface boisée, les forêts du vieux continent ont fait monter le thermomètre régional de 0,12 °C.

Comment s’explique cet effet paradoxal ? Normalement, les arbres freinent le réchauffement parce qu’ils absorbent du gaz carbonique (CO2) et réduisent ainsi l’effet de serre. Le problème, c’est que si l’on a augmenté la surface forestière en Europe, on a aussi remplacé des arbres à feuilles caduques comme le chêne par des conifères comme le pin et l’épicéa, plus rentables mais moins intéressants du point de vue climatique.

« En changeant la forêt, on change aussi la quantité de rayonnement, d’eau et d’énergie libérée par les arbres », explique à Science Kim Naudts. Les forêts européennes continuent d’absorber du gaz carbonique, mais du fait de leur transformation, elles en retiennent moins qu’en 1750.

Si les conifères sont moins bénéfiques pour le climat que les arbres à feuilles caduques, c’est parce qu’ils absorbent plus de lumière du fait de leur couleur sombre, et piègent ainsi de la chaleur qui autrement serait renvoyée dans l’espace. De plus ils libèrent moins d’eau par évaporation dans l’atmosphère.

Le remplacement des arbres à feuilles caduques par les conifères a entraîné un réchauffement régional de 0,08 °C, selon les calculs des chercheurs. La gestion des forêts et l’utilisation du bois a ajouté 0,04 °C, notamment en libérant du gaz carbonique qui serait autrement stocké dans les débris végétaux et le sol de la forêt.

L’estimation de 0,12 °C peut être discutée, car elle dépend du modèle choisi par Kim Naudts et ses collègues. Mais le point important est qu’il ne suffit pas de planter des arbres pour ralentir le changement climatique. En particulier, le remplacement massif des chênes, des hêtres et des autres essences à feuilles caduques par des conifères diminue la valeur protectrice de la forêt. La stratégie forestière pour atténuer le changement climatique doit donc prendre en compte la qualité des essences que l’on plante et la manière d’aménager et de gérer la forêt.

Article extrait du blog Médiapart

Voir en ligne : https://blogs.mediapart.fr/michel-d...

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