Categories

Accueil > Actualités > Dans la presse > Archives > Les forestiers ONF ne reconnaissent plus leur métier et en souffrent

17 décembre 2009

Les forestiers ONF ne reconnaissent plus leur métier et en souffrent

Après le suicide d’un forestier sur son lieu de travail, Voix du Jura s’est intéressé aux conditions de travail régnant dans l’administration.

« Le suicide est un acte entouré de mystère. Et le mystère d’un tel geste mérite le respect et la discrétion. » Ces mots sont ceux d’Etienne Delannoy, chef de service départemental à l’ONF du Jura. Personne ne viendra le contredire. Mais les conditions dans lesquelles un agent forestier de 56 ans a mis fin à ses jours il y a quinze jours – dans la cour de son lieu de travail à l’ONF Poligny – pose tout de même question. Y-a-t-il un climat malsain ? Comme de nombreuses autres administrations d’Etat, l’ONF est soumis à des contraintes serrées en termes d’effectif. Mais pas uniquement. « Notre cœur de métier a été sérieusement remis en cause ces dernières années, explique Jacques Ducarme, secrétaire régional du Snupfen (syndicat majoritaire). De fonctionnaires indépendants de la loi du marché, nous sommes devenus des commerciaux soumis à une politique chiffrée, avec des objectifs à atteindre qui nous perturbent et nous déstabilisent. » De sorte que le “super” forestier d’antan peut vite devenir un médiocre forestier aujourd’hui, puisque les critères de jugement ont changé. « Certains, mal notés à cause de ces changements, se sentent démoralisés. Ils passent d’un statut de forestier assermenté, représentant de la force publique, à un statut de commerciaux, chargés de vendre quitte à ne pas tout dire. C’est un revirement trop abrupt parfois. »
D’une mission auparavant très généraliste, les agents sont passés à des tâches très spécialisées : l’un s’occupe de classer le bois, l’autre de la surveillance de la chasse, etc. Ce manque de polyvalence, de connaissances générales du terrain est aussi, toujours selon M. Ducarme, un motif de frustrations et d’inefficacité dans le travail.

Y’a de la réforme dans l’air

Sans compter l’état des comptes : les agents savent que leur administration est en grande difficulté financière et que l’Etat réduit ses aides, une autre donnée qui pèse beaucoup sur le moral des troupes. Pour Jacques Ducarme, le fait que le budget de l’ONF dépende de la vente de bois est malsain : « Il faudrait asseoir les revenus de la foresterie sur autre chose ». L’incertitude du lendemain est lourde : le contrat de plan Etat-ONF se termine en 2011 et personne ne sait, pour l’heure, ce qui se passera ensuite. Les sénateurs ont parlé d’une partition, d’une réorganisation possible, jugeant que l’ONF ne pourra pas durer en l’état. Cette réforme « dans l’air » inquiète les personnels, déjà habitués à d’incessantes réformes depuis 2002 et à des remises en cause du pourtour des circonscriptions territoriales. Pour le syndicaliste Snupfen, les agents subissent trois formes de pression : celle du système hiérarchique « rigide », celle du nouveau management par objectifs et celle, plus personnelle, venant de soi-même. Car les forestiers travaillent souvent seuls, face à eux-mêmes. Dans cette ambiance, Jacques Ducarme atteste qu’il est difficile de ne pas se démotiver. « On a l’impression qu’ils (l’Etat, ndlr) veulent tout casser pour mettre du privé à notre place. On nous fixe des objectifs inatteignables. Pour moi, c’est une façon d’affirmer que le service public n’est pas capable et que le privé y parviendra mieux. »
Ce ressenti suffit-il à envisager de quitter la vie ? Chacun aura sans doute sa propre réponse. Mais, précise Jacques Ducarme, il faut comprendre que « beaucoup de forestiers ne vivent que pour leur travail. Ils sont passionnés par ce qu’ils font, investis à fond. » Un grain de sable dans ce rouage peut alors, parfois, tout déclencher.

Une enquête interne va débuter en janvier

Après le suicide de l’agent polinois, une commission d’enquête a été formée en interne par le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Cette commission devra déterminer si des facteurs de la vie professionnelle du défunt ont pu le pousser à commettre un tel acte. Elle devra aussi définir quel autre moyen d’alerte efficace, hormis ceux existant déjà, pourrait éviter que ce genre de situation se reproduise.
« La commission commencera son travail début 2010. Un expert extérieur à l’ONF devrait être nommé pour fournir une aide méthodologique notamment dans le déroulé des auditions », explique la responsable des Ressources humaines de la Direction territoriale de Franche-Comté, Marie-Claude Munischi.

icon docDocuments joints

Partager

Commentaires

Répondre à cet article