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22 juillet 2011

Malaise à l’ONF : "Je travaille pour la forêt de demain, pas pour le commerce"

Lu sous http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/

"Le travail est déconsidéré, le personnel n’a plus de repère et est de plus en plus stressé" se désole Christian Biston, attaché administratif à l’ONF (Office national des forêts) et administrateur de la CGT-Forêt. Mardi 12 juillet, déjà, son syndicat tirait la sonnette d’alarme après <a href="http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20110712.AFP6943/nouveau-suicide-a-l-office-national-des-forets.html">le suicide d’un agent en Haute-Saône. Le 23ème depuis 2005. Mardi, <a href="http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20110720.AFP7669/suicide-d-un-agent-de-l-office-national-des-forets-dans-l-allier.html">un autre de leurs collègues a mis fin à ses jours dans l’Allier. Le quatrième depuis le 20 juin.

Une orientation" de plus en plus commerciale"

Au cœur du "malaise" qui touche l’ONF, selon Christian Biston : la profonde modification de l’établissement "de plus en plus orienté vers la finance et le commercial" et ses incidences sur les conditions de travail des agents. Une situation qui a débuté il y a maintenant "plusieurs années, quand l’ONF a commencé à être en déséquilibre financier après une importante baisse du cours du bois", explique le syndicaliste au "Nouvel Observateur" vendredi 22 juillet.

Perte de repères chez les agents

"Avant, les agents patrimoniaux, que l’on appelait garde forestiers, étaient pluridisciplinaires" se souvient Christian Biston : "ils géraient l’ensemble des taches (chantiers, aménagement, bûcherons, activité touristique, chasse,...) d’un territoire". Les différentes missions ont depuis été sectorisées : "on a une direction bois, une direction forêt, une agence travaux, et chaque unité a des objectifs précis." D’où une importante perte de repères chez les agents, qui parfois "ne comprennent pas pourquoi, quand ils sont en poste, ils voient arriver une personne d’un autre service sans même être prévenus." Sans compter que, selon le syndicaliste, la surface du territoire d’un agent patrimonial est passée "de 800 à 1.500 hectares."

L’équilibre forestier menacé

"On nous demande de faire plus de conventions, de vendre des services plus cher" dénonce aussi Christian Biston, ajoutant que "cette forme de privatisation de l’établissement a une incidence sur l’équilibre forestier." Laquelle ? Egalement contacté par Le Nouvel Observateur vendredi 22 juillet, l’agent patrimonial Claude Ammerich, qui travaille dans la forêt de l’Isle-Adam (Val d’Oise), illustre les propos de son collègue : "on demande aux agents qui font du martelage (marquage au marteau des arbres à abattre ndlr) de marteler plus d’arbres que prévu, pour en enlever plus et en vendre plus." Certains encaissent, d’autres refusent et "se retrouvent en action de désobéissance", et "tous le vivent très mal." L’agent de l’ONF cite un autre exemple lié à la vente de services : "on me demande d’aller voir des sociétés privées pour trouver des marchés comme des pelouses à faire, qui peuvent rapporter".

"Avant, on nous disait qu’on travaillait pour la forêt"

A l’instar de ses collègues, Claude Ammerich, excédé, n’accepte pas de voir son métier prendre une telle orientation. "Je travaille pour la forêt de demain et sa pérennité, pas pour le commerce", clame-t-il, excédé. Son collègue Philippe Berger, secrétaire général du syndicat SNUPFEN Solidaires, également agent patrimonial à l’ONF, le rejoint. Il préfère se présenter comme "garde forestier" et résume ainsi au "Nouvel Observateur" l’évolution de sa profession : "avant on nous disait qu’on travaillait pour la forêt, depuis 10 ans on nous demande de travailler pour l’ONF." Ce qui "ne passe pas." En plus des difficultés d’adaptation et des problèmes de suppression de postes, Philippe Berger fait part du fort sentiment de culpabilité ressenti par ses collègues. Notamment ceux qui "faute de moyens et de temps, ne peuvent plus assurer leur mission de surveillance et de suivi des parcelles de forêts coupées, et culpabilisent de les laisser ainsi, abîmées, parfois saccagées."

La "solitude" évoquée par NKM ne passe pas

Claude Ammerich tient à préciser que les agents patrimoniaux ne sont pas les seuls concernés par les difficultés : le personnel administratif ("auquel on demande de déménager à 100 km") et technique aussi. S’il est remonté, l’agent l’est encore plus par les propos tenus jeudi par les ministres de tutelle Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet. Cette dernière a notamment déclaré que les agents patrimoniaux travaillaient "<a href="http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20110721.AFP7914/kosciusko-morizet-les-agents-onf-travaillent-dans-une-forme-de-solitude.html">dans des conditions particulières, qui sont des conditions d’une forme de solitude." "C’est très réducteur quant aux difficultés des forestiers, on noie le problème" tempète Claude Ammerich. "Le problème des forestiers est avant tout politique" dénonce celui qui rappelle que, depuis son existence même, le travail d’agent patrimonial a "toujours comporté une forme de solitude."

"Les 11 assistantes sociales de plus ne vont pas tout résoudre"

"Sauf que le nombre de suicides, lui, n’a pas toujours été le même" renchérit Christian Biston, pour lequel "la solitude ne peut donc pas être considérée comme un élément déterminant." L’administrateur de la CGT-Forêt admet qu’elle peut être "un facteur aggravant", mais assurément "pas le problème de fond." D’autant plus que "les agents ont tendance à être de moins en moins isolés." Bruno Le Maire, qui a reçu jeudi Pascal Viné, le directeur général de l’ONF, a demandé un renforcement de "<a href="http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20110721.AFP8005/suicides-a-l-onf-le-gouvernement-promet-de-mieux-accompagner-les-agents.html">l’accompagnement personnel afin de mieux prendre en compte les difficultés de chacun, éviter les situations d’isolement et soutenir les agents les plus fragiles." Le contrat de plan qui prévoit plus de 600 suppressions de postes d’ici 2016 a été voté en conseil d’administration de l’ONF mercredi. "Toutes les organisations syndicales ont voté contre" précise la CGT-Forêt. Ce contrat de plan implique notamment le doublement du nombre d’assistantes sociales. "Ce n’est pas 11 postes d’assistantes sociales en plus qui vont tout résoudre" clame Christian Biston, concluant : "plutôt que de chercher des pompiers, il vaudrait mieux éteindre l’incendie."

Céline Rastello - Le Nouvel Observateur

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