Categories

Accueil > Actualités > Dans la presse > Archives > Suicides à l’ONF : grand malaise au cœur de la forêt

26 juillet 2011

Suicides à l’ONF : grand malaise au cœur de la forêt

Lu sous http://www.bienpublic.com/cote-d-or/2011/07/26

ONF est actuellement dans la tourmente. Quel est le quotidien d’un agent forestier ? Rencontre avec l’un d’entre eux.

C’est à la limite de la Côte-d’Or, à quelques kilomètres de Seurre, que travaille Bruno Vigoureux. A 56 ans, il gère la forêt domaniale de Palleau, qui fait 500 hectares, ainsi que celle de Pourlans, située à une vingtaine de kilomètres de là.

Il est aussi représentant syndical Snupfen (Syndical National Unifié des Personnels des Forêts et de l’Espace Naturel) du personnel au comité d’hygiène et de sécurité (CHS) des fonctionnaires forestiers de Bourgogne Champagne Ardenne. Il est donc très au fait du malaise actuel. D’autant plus que la Côte-d’Or, quatrième département le plus boisé de métropole, compte un quart des employés de l’office syndiqués au Snupfen.

La palette des travaux à assurer est très vaste

Il nous accueille, vendredi 22 juillet, à la maison forestière de Molaise, dans laquelle il vit avec sa femme. Une situation banale, puisqu’un fonctionnaire de terrain sur deux habite lui-même la maison forestière qu’il dirige.

L’été, l’essentiel du travail d’un fonctionnaire de l’ONF est de prévoir le programme de l’automne et de l’hiver à venir. « Pendant la période estivale, on se projette sur les mois à venir, on réfléchit aux travaux à faire. Et on continue bien sur de gérer la forêt. C’est à partir de septembre, et jusqu’à avril, que la vie de la forêt s’enclenche réellement. »

La palette des travaux que Bruno Vigoureux doit assurer sur toute l’année est très vaste : connaissance du terrain, vente de bois aux particuliers, marquage, coupes, surveillance, relation avec les chasseurs… « Mais aussi, bien sûr, la connaissance et la protection de la faune et de la flore ».

D’ailleurs, les deux espaces que gère le représentant du snupfen sont classés en Natura 2000, qui est un programme européen ayant pour objectif de maintenir la diversité biologique des milieux naturels.

« On ne voit plus de responsables »

Et justement, le syndicat forestier se plaint que l’ONF ne met plus au cœur de son action le patrimoine des forêts françaises, mais le commerce et l’informatique.

« Nous sommes de plus en plus éloignés de la forêt. La partie bureau de notre travail ne cesse d’augmenter. Et, pour mon cas, cela me prend un temps fou, car je suis ici isolé et que je n’ai l’ADSL », précise l’agent forestier.

L’isolement, justement, reste l’un des problèmes centraux. Nathalie Kosciusko -Morizet, la ministre de l’Ecologie, l’a récemment mis en avant pour expliquer les nombreux suicides de ces derniers mois. En tout, il y en a eu 24 en France depuis 2005 (lire page suivante). « Certes, la solitude est réelle et peut être mal vécue. Mais ce n’est pas nouveau. En revanche, ce qui est nouveau, c’est que l’on ne voit plus de responsables, on n’a plus de retour. L’orage de la semaine dernière a endommagé la forêt. Je n’ai pas reçu un coup de fil ni une visite », raconte notre interlocuteur.

Mais Bruno Vigoureux s’estime privilégié. Il considère qu’il a encore de l’autonomie. « L’essentiel ne m’échappe pas. J’ai toujours une vision globale de mes deux forêts. Alors que dans les plus gros massifs, le travail est plus scindé. Et la perte de liberté dans ce genre de travail, qui est effectué par des personnes passionnées, s’accompagne d’une perte de sens. Surtout quand la profusion de service devient totalement inefficace. »

L’ONF, à sa création, avait pour but de rajeunir la forêt, de la renouveler. Mais, en mettant l’accent sur la dimension commerciale du métier, c’est la nature même du travail qui a changé. « La physionomie actuelle de la forêt illustre les choix passés. Aujourd’hui, on ne laisse pas pousser comme il faut, on vend trop tôt. On cause des dommages aux bois. Ce type de gouvernance n’a pas d’avenir. »

Partager

Commentaires

Répondre à cet article