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27 juillet 2011

A tous les amoureux de la forêt…et aux décideurs publics !

Par guyrochon-arobase-wanadoo.fr

Ancien forestier, je ne peux passer sous silence les atteintes
possibles à la forêt baujue. Des risques de surexploitation existent, ils
sont le résultat de directives nationales qui demandent à la forêt
française de « produire plus ». Et cette demande n’est pas acceptable
sur le principe, surtout en ce qui concerne la forêt publique déjà
largement exploitée, parfois au-delà de ses possibilités réelles. Je
vous livre à la lecture ce long commentaire qui est fait uniquement pour
poser les questions et aussi pour permettre à la forêt de mieux se porter
à l’avenir. Merci.

_______________

Quelques remarques…pour mieux comprendre les dérives d’un système qui
risque de malmener durablement les milieux forestiers
_________________

A propos du Grenelle de l’Environnement et des directives nationales
concernant la forêt française, il a été dit : « En 25 ans, la
production biologique de la forêt française a progressé de 30%, la
récolte est restée stable ! »
Dans son rapport sur la forêt, Hervé Gaymard, président de l’ONF dit :
« De 1966 à 2010, la récolte en forêts publiques a progressé de 64 %
 » ( voir le graphique sur les prélèvements forestiers et les ressources
financières)
Alors, que faut-il croire ?
___________________
« Gérer, c’est prévoir pour demain, après-demain…pour les
générations futures. Le court terme n’existe pas en matière
forestière. L’unité de mesure est le siècle ! »
Sur le fond, Natura 2000 est une bonne chose car ses objectifs sur le
papier, impliquent un respect de la nature avec un développement raisonné
de l’activité humaine. C’est donc un objectif défendable.
Sur la forme, on est hélas bien loin de la réalité et en ce qui concerne
la forêt publique : on peut même être inquiet !
Si l’ONF « joue le jeu Natura 2000 en réunion » pour les forêts
qu’il gère… sur le terrain il en est tout autrement.
Lors de débats, après des discours optimistes sur ce dossier, il
semblerait que la forêt baujue n’ait pas de problèmes…on ne parle que
de croissance, d’expansion et de sous exploitation…que les rendements
nationaux indiquent un accroissement de la forêt en surface (ce qui est
vrai depuis 100 ans ! ce n’est pas nouveau…) et donc qu’il faudra
exploiter d’ici à 2020, 21 millions de M3 supplémentaires soit 50% de
plus qu’actuellement (lettre Sarkozy à Gaymard, président de l’ONF)
dont 5 millions pour les seules forêts publiques ( + 25%). Les gros
efforts de reboisements en France remontent à l’après guerre, ils ont
déjà 60 ans d’existence pour la plupart et l’IFN les a déjà pris
en compte et inventoriés plusieurs fois ! La montée en puissance de la
forêt est progressive et les différentes structures de gestion et
d’exploitation ont déjà pris en compte cette problématique…ce
n’est pas quelque chose de nouveau. Sur les trente dernières années, la
progression des volumes mobilisés a été de + 43% en forêt domaniale et
+ 40% en forêt des collectivités (source : rapport de la « Cour des
Comptes » et de + 64,28% entre 1966 et 2010 ! (rapport GAYMARD) où est
donc la sous-exploitation ?
La problématique du réchauffement climatique et l’accroissement
forestier supposé ne se sont pas non plus fait du jour au lendemain…Le
fonctionnement de la nature n’est pas aussi rapide et réactif que les
décisions ministérielles !Du jour au lendemain, son rendement en volume
ne peux pas passer à + 40% !
Out ! La tempête de 1999 et ses 45 millions de m3 par terre, 1,5 million
d’hectares détruits pour une longue période de 50 ans à 150 ans, le
1/10 ème de la forêt française ! Et pourtant, tout va bien puisqu’il
est prévu d’augmenter la production nationale de 40% en quelques
années, d’ici à 2020 ! et pour toujours …
A une réunion à la Maison du PNR des Bauges au Châtelard, la « 
sous-exploitation de la forêt » a été relevée à de multiple reprises
par les intervenants et chaque participant a pu entendre cette messe que
l’on nous rabâche un peu trop.
L’ONF et ses responsables départementaux confirment une forêt publique
en bonne santé, sous-exploitée et qui peut encore supporter des
prélèvements plus forts ! ! C’est un discours politique, conforme aux
directives nationales… Quel irréalisme inquiétant ! On a parlé que de
son rôle de production de bois, de volumes à récolter tout cela avec un
discours rassurant sur l’écologie de la forêt ( écologie-spectacle
avec ses deux arbres creux à l’hectare pour rassurer le public)
 !…impasse totale sur ses fonctions écologiques, environnementales,
sociales et culturelles et son rôle de protection en montagne qui devrait
être une préoccupation majeure pour des gestionnaires de milieux naturels
 : les avalanches, l’érosion des sols, les chutes de pierres et la
préservation des habitats faunistiques et floristiques…sans oublier
l’aspect visuel du couvert forestier. Pour répondre à des besoins
accrus de bois, doit-on déstabiliser des forêts de montagne, sur forte
pente, en faisant l’impasse sur les plans de gestion de l’ONF ? Qu’en
pensent les Co-gestionnaires de la Réserve Nationale de Chasse et de Faune
Sauvage des Bauges ? Et le PNR ? Quelle position ? Je suivrai de près
l’installation programmée de lignes de câbles pour exploiter en forêt
domaniale de Bellevaux, au cœur de la Réserve Nationale de Chasse des
Bauges, des forêts sur forte pente, autrefois préservées de toute
exploitation, déjà traversées par plusieurs couloirs d’avalanches où
les enjeux de protection et d’impact visuel seront très importants, sans
oublier les risques humains de chutes de pierres lors de l’exploitation,
dans un secteur très fréquenté par les randonneurs…tout cela pour un
revenu financier négatif !( Forêt domaniale).
La réalité écrite et chiffrée de la forêt publique, c’est : source
IFN, une production nationale inférieure à la forêt privée : 6 m3/ha
/an pour 8 m3/ha/an en forêt privée. C’est bien le résultat direct
d’une exploitation plus forte, plus intensive en forêt publique avec
comme conséquence, un volume total sur pieds à l’ha plus faible de 25%
(moins d’arbres, moins de volume). L’ONF dit que la forêt privée est
sous-exploitée (parfois) mais c’est surtout la forêt gérée par
l’ONF qui est trop exploitée, le constat de terrain est sans appel !
(Voir aussi les plans de gestion de l’ONF pour chaque forêt)
L’ONF a également confirmé que les rotations (passages en coupe dans la
même parcelle) seraient raccourcies, elles sont passées progressivement
de 15 ans à 10 ans…(voir moins) c’est vicieux car invisible de la
plupart des personnes, de même le diamètre d’exploitabilité est lui
aussi revu à la baisse ce qui fait que l’on coupe des arbres de plus en
plus petits et jeunes, les éclaircies seront également plus fortes, pour
paraît-il résister aux tempêtes…(lire le rapport de l’INRA !) La
densité des peuplements forestiers est déjà faible pour beaucoup de
forêts…voir les normes sylvicoles avec les surfaces’ terrières’
ainsi que les rendements volume à l’hectare... les conséquences en
seront : disparition de certaines classes d’âge ( les plus vieux), des
arbres plus courts mais aussi plus branchus, plus coniques et avec une
structure des peuplements bouleversée avec une régularisation des
peuplements qui va à l’encontre de la futaie irrégulière préconisée
en montagne !Que fait-on du guide de sylviculture des forêts des Bauges
qui préconise la futaie irrégulière, le respect de toutes les classes
d’âge…et les directives de Natura 2000 ?...Des chercheurs du CEMAGREF
( institut de recherches en Ingénierie de l’Environnement) disent que la
« sylviculture intensive menace la diversité biologique…les forêts
exploitées intensément abritent un éventail d’espèces vivantes plus
réduit…Ces résultats mettent en évidence la nécessité de conserver
des forêts anciennes… » Message de scientifiques qu’il faut prendre
en compte !
Les chercheurs de l’INRA, eux aussi, dans une note de juillet 2009 sont
très critiques sur la gestion forestière actuelle de l’ONF, ils disent
 : « L’association d’une sylviculture de type intensif et en même
temps de la biodiversité est écologiquement impossible… » Ils disent
aussi : « Les gens bien informés le savent bien…Il reste à espérer
que ce honteux camouflage en vert ne soit pas suivi trop à la lettre dans
les régions forestières françaises, et que des initiatives locales
positives de forestiers compétents et responsables puissent s’exprimer
pour sauver réellement ce qui reste de biodiversité forestière… » Au
moins, c’est clair !
Ces constats de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA)
sont sévères, et il y a aussi d’autres remarques qui concernent
l’accumulation de carbone, la nécessité de conserver des forêts
anciennes, la résistance des peuplements forestiers au vent et les
densités forestières trop faibles… Des notions qui contredisent les
discours actuels…A lire obligatoirement !
En SAVOIE Il a même été dit que certains scieurs ne voulaient que des
arbres plus petits en diamètre à cause de leurs machines à
scier…c’est un comble ! Ce serait une sylviculture faite pour
l’industrie ! Pauvre forêt ! Out son fonctionnement naturel…son
écosystème et ses fonctions sociales… On est loin de NATURA 2000 qui
préconise une forêt équilibrée dans ses classes d’âges, variées
dans sa composition et exploitée raisonnablement en préservant aussi les
gros bois…
La réalité de la forêt gérée en Bauges est (sources plans de gestion
ONF pour chaque forêt, à consulter en mairies.) :
Une productivité de 2 à 5m3 / ha /an…on est loin des chiffres officiels
de l’IFN….Des volumes sur pieds en baisse presque partout, forêts
communales, forêts domaniales et départementales, des rendements à
l’ha.en baisse aussi…reconnus par ces plans de gestion où parfois les
mots surexploitations sont prononcés et également les phrases « 
réduction des prélèvements avec augmentation de gros bois. » ! (C’est
bien de l’admettre).
Alors ? Comment prélever plus ? Comment répondre à la demande de
l’Etat d’augmenter la production ANNUELLE de 5 millions de mètres
cubes à prélever dans les forêts domaniales et communales ?
Les conséquences de ces surexploitations seront catastrophiques pour les
forêts concernées ! On ne pourra pas sans risques, récolter des bois
n’importe où ! Il y a des zones d’altitude ou de forte pente où le
forestier a un devoir de préserver ces peuplements pour des raisons
d’éthique, de protection contre les avalanches ou phénomènes
d’érosion, et aussi pour préserver certains milieux forestiers très
fragiles que sont les forêts d’altitude appelés ; zones de combat »
où vivent une flore et une faune très particulières. Classons ces
forêts « haut perchées » en réserves biologiques intégrales, si
utiles pour la biodiversité et sans aucun intérêt sur le plan
économique.
Trop couper maintenant se paiera obligatoirement dans les années futures
par une baisse importante de la récolte que l’on perçoit déjà sur
certaines forêts communales.
Ecoutez les forestiers de terrain (sur le net), ils souffrent en silence
des atteintes portées aux forêts qu’ils défendent ! Ils savent
d’expérience que la situation est grave ! Pourquoi les belles forêts de
certains secteurs du massif des Bauges, seraient-elles devenues parce
qu’elles sont riches en bois, riches en diversités, riches en gros
bois…des exemples à ne plus suivre ! Ecoutez aussi les anciens
bûcherons, exploitants forestiers…usagers de la forêt, ils parlent !
Dernière interrogation : comment se fait-il que l’on puisse faire
l’impasse sur tous les aménagements forestiers en vigueur ! Sont-ils
faux ? Et pourquoi l’ONF ne défend-il pas son outil de gestion ? Sa
crédibilité future en ce qui concerne l’élaboration des plans de
gestion pourrait en être remise en question ! Juste un peu de courage !
Respectons ces documents de gestion actuels et non les nouvelles directives
nationales déconnectées de la réalité de terrain ! Il ne peut pas y
avoir de double discours de la part des gestionnaires, celui de dire « 
Qu’il y a trop de gros bois et qu’il faut éclaircir plus fortement »
et en même temps de dire que les forêts sont trop pauvres à cause de la
gestion passée !
Personnellement, je préconise, au vu des documents d’aménagements
forestiers actuels et de la situation de terrain, un moins coupé de 25% en
forêts publiques !
En 2010, une coupe définitive (coupe rase) a été réalisée en forêt
communale de Doucy en Bauges, conjointement avec une coupe privée sur
forte pente,( exploitation par câble)…un bel exemple de (non) gestion
forestière conforme aux directives du PNR et Natura 2000… ? Une parcelle
forestière détruite pour plus d’un siècle, pour quel bénéfice… ?
A qui le tour ? Domaniale de Bellevaux… ?
Il n’est pas trop tard pour réagir.


Respectons les rythmes de la vie forestière, la sylviculture doit être
dictée par les réalités du milieu et non par des impératifs
économiques ou politiques !…il en va de la crédibilité des
gestionnaires…

Guy ROCHON
janvier 2011

Références consultables :

- Lettre de mission du président SARKOZY et discours à URMATT
- Rapport Hervé GAYMARD
- Rapport de la Cour des Comptes
- Rapport au Sénat
- Note technique du CEMAGREF sur la sylviculture et la biodiversité.
- Note technique de l’INRA sur la gestion sylvicole et le réchauffement
climatique…
- La charte forestière du Massif des Bauges
- Charte Natura 2000
- Charte forestière du Territoire
- Plans de gestion forestière de l’ONF …
- Histoire du service forestier en France
- Journal « L’élu d’aujourd’hui » : service public forestier en
danger…
- ALERTE Monin…appel à mobilisation…la disparition du Régime
forestier…
- Les forestiers de l’ONF mobilisés….
- Petit diaporama sur la forêt des Bauges

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