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12 août 2011

Ain. Quand le malaise s’enracine chez les agents de l’ONF

Lu sous http://www.leprogres.fr/ain/2011/08/08/

Arbent. Les forestiers vivent mal les tensions entre leurs missions de service public et les objectifs commerciaux. « La coupe continue dans les effectifs aggrave le stress », explique Pascal Burgun, forestier bugiste et syndicaliste

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Pour Pascal Burgun, forestier dans le Bugey et représentant du personnel (SNUPFEN Solidaires), la question de fond est de savoir si la forêt doit se transformer en « usine à bois » / Photo Fabienne Python


« On a le plus beau métier du monde. La forêt est belle quand vous pouvez voir sept ou huit essences à la fois, des feuillus, des résineux, des arbres jeunes, des adultes, du bois mort important pour la biodiversité, un sentier qu’on a rouvert… » dit Pascal Burgun. Tenue réglementaire de l’Office national des forêts, il est technicien opérationnel forestier. Dans le Bugey, il gère 2 000 hectares de forêts communales.

N’empêche qu’avec le plus beau métier du monde, les agents de l’ONF devraient « bouger partout à la rentrée  ». Représentant du personnel pour le SNUPFEN Solidaires dans l’Ain, Pascal Burgun prédit un mouvement social. Au-delà du récent suicide d’un agent en Franche-Comté, le malaise semble général et profond. Le troisième contrat de plan Etat-ONF 2012-2016 signé en juillet cristallise les tensions entre les missions de service public et de service commercial des forestiers.

Le contrat demande de couper un supplément de 200 000 m 3 de bois par an. « On ne connaît pas encore les objectifs locaux. Mais la filière bois veut plus de m 3, surtout du résineux de 45 cm de diamètre pour les scieries. Elle veut l’adaptation de la forêt aux produits voulus. Nous, on fait des arbres en 100 ou 150 ans, on travaille sur l’héritage de nos prédécesseurs et pour les générations suivantes. On ne peut pas changer la forêt du jour au lendemain. Et quelle forêt veut-on pour nos enfants ? Une forêt avec une seule essence de résineux alignés pour une exploitation mécanisable ? Une forêt usine à bois où l’on n’entre pas ? » interroge Pascal Burgun. « On doit pourtant veiller à la biodiversité, à faire une forêt qui résiste aux changements climatiques. On sait ainsi aujourd’hui qu’on ne plantera plus de résineux en dessous de 800/900 mètres ».

Chaque forêt communale est dotée d’un document de gestion établi pour vingt ans par des spécialistes de l’ONF qui détaille ce que la forêt peut produire. « Nous, on est tous les jours en forêt, on fait des rapports. Et pourtant, ce ne sont pas les chiffres de l’établissement qui sont pris en compte mais ceux d’un autre organisme. L’IFN (Inventaire forestier national) dit que la forêt publique est sous exploitée. Les chiffres sont faux », affirme Pascal Burgun. « On sait ainsi qu’il y aura une baisse des récoltes dans l’Ain. La tempête de 1999 et la sécheresse de 2003 ont mis beaucoup de bois sur le marché. Le bois qu’on a déjà coupé on ne va pas le retrouver maintenant ».

Pratiquant souvent un métier passion, les forestiers vivent mal la vision productiviste. « La gestion de la forêt publique répond à beaucoup de fonctions qui ne sont pas rémunérées. La forêt a un rôle environnemental pour la fixation du CO2 ou la protection des eaux, un rôle social pour le public. Le seul revenu, c’est le m 3 coupé et sorti des forêts communales. On touche 10 % du prix d’une vente et le prix de vente en moyenne dans l’Ain, c’est 45 euros/m 3 pour les résineux, 20 pour les feuillus. »

En simultané, la constante diminution des effectifs cause largement sa part de stress. « Depuis 1986 déjà, un tiers des effectifs de l’ONF a été supprimé, bien avant la RGPP, la révision générale des politiques publiques qui s’applique quand même bêtement à nous, sans ajustement, avec le non-remplacement d’une personne sur deux. D’ici à 2016, nous perdrons encore, dans l’Ain, 10 % des effectifs, huit personnes, sûrement sur le terrain et au secrétariat. Que vous soyez champion du monde ou pas, on vous supprime des postes dans tous les cas. Comme si les gens qui partent étaient payés à ne rien faire ! »

En 15 ans, Pascal Burgun a, par exemple, doublé sa surface de forêt. « C’est une surface qu’on doit connaître pour être performant. On est de moins en moins nombreux pour marquer les bois et surveiller. On a des outils informatiques plus exigeants, on est moins sur le terrain… Pour corréler les objectifs et les moyens, quelles missions on abandonne ? »

Fabienne Python

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