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14 juin 2012

Une plainte contre l’ONF pour préserver la biodiversité ?

Lu sous http://www.leparisien.fr

Antagonisme bien connu. D’un côté, l’Office national des forêts et, de l’autre, les défenseurs d’une nature plus respectueuse de l’environnement qui veulent peser davantage.

laigue

FORÊT DE LAIGUE, FÉVRIER DERNIER. Des associations et des scientifiques dénoncent la coupe de vieux bois propice au peuplement d’espèces animales menacées. Elles demandent à l’ONF de préserver 20% de la forêt. | (LP/S.F.)


L’ONF, l’Office national des forêts, est-il hors la loi ? C’est l’avis de plusieurs associations de défense de la forêt et de membres du conseil scientifique régional du patrimoine naturel. «  Nous sommes mandatés par le préfet de région, avec avis de la Dreal (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) et envisageons de porter plainte auprès des instances européennes si rien n’est fait pour préserver la biodiversité des forêts de Compiègne, Laigue et Ourscamp », assure Rémi François, membre du conseil scientifique de l’ONF et référent forêt pour l’association Picardie Nature.

Cette année, l’ONF doit définir son plan de gestion de la forêt de Compiègne pour les vingt ans à venir. En mars, le conseil scientifique ne l’a pas validé, arguant que 8% de trame de vieux bois conservés étaient insuffisants pour préserver la biodiversité. « Il n’a pas pris position, confirme Pierre-Jean Morel, le directeur régional de l’ONF, mais son rôle est avant tout consultatif. » « Le plan de gestion est en cours d’instruction dans les ministères concernés », tranche-t-il.

Une forêt qui se dégrade


L’ONF est néanmoins tenu au respect de directives européennes. « Il ne peut pas remettre en cause la parole des scientifiques. Nous proposons que 20% des trois forêts soient épargnés pour que la faune et la flore d’intérêt communautaire puissent continuer à s’y épanouir, dans des zones préservées et classées Natura 2000 », insiste Michaël Noirot de l’Afloc, association des Amis des forêts de Laigue, Ourscamp et Compiègne. «  D’autant que ces 8% ne suffiront même pas à conserver les espèces existantes », ajoute Jean-Luc Caron d’Oise Nature.

L’ONF fait le choix d’abattre les vieux hêtres et chênes pédonculés afin de les remplacer par des chênes sessiles, plus résistants. « Nous essayons d’avoir une vision à long terme la plus équilibrée possible, argumente Pierre-Jean Morel. Huit pour cent de trame de vieux bois, c’est déjà énorme. L’engagement national de l’Office n’est que de 2%. Nous faisons des efforts et devons composer avec une forêt qui se dégrade, dont 16% sont en état de dépérissement avancé. Les vieux arbres sont en train de mourir. Nous ne les coupons pas par souci de productivité, sans cela nous planterions des résineux comme des douglas, moins chers et de meilleur revenu. »

Actuellement, seuls les Beaux-Monts, les Grands-Monts et quelques îlots des 14400 ha du massif compiégnois sont concernés. « Ces milieux ne sont pas des zones d’habitat primordiales, souligne Michaël Noirot. Il y a des zones d’intérêt supérieur, plus riches, plus vastes. Certaines ont récemment été martelées, les arbres seront donc vendus, puis abattus. Le temps presse.  »

A l’ONF, on assure que ces coupes ne se sont pas multipliées ces dernières années, au contraire « Nous n’allons pas tout enlever, il y aura une continuité de massif entre les trames de vieux bois qui ne mettront pas en péril les espèces. Et puis, nous adapterons notre plan gestion . »

Rémi François, qui étudie cette forêt de Compiègne depuis 1987, ne veut pas remettre en cause l’exploitation sylvicole, mais souhaite une concertation. « Si ça continue, la forêt sera trop jeune, donc inexploitable des décennies. L’activité économique peut être compatible avec la préservation de la faune, de la flore et avec un écotourisme. »

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