On rase gratis la forêt des poilus

Vendredi 11 juin 2021 — Dernier ajout mardi 22 juin 2021

A travers les articles de presse (en lien et ci-dessous), c’est une nouvelle illustration des conséquences des manques de moyens notamment humains et de formation à l’ONF qui s’exprime. Indigence de la direction qui provoque incidents et stress pour les personnels…

Article de BLANDINE FLIPO - Siné mensuel n°108 - Juin 2021 :

On rase gratis la forêt des poilus

Pour lutter contre l’épidémie ravageuse de scolytes, l’0ffice national des forêts a coupé les arbres d’un bois classé et protégé, gardien de la mémoire de milliers de combattants de la Première guerre mondiale.

Il avait plu la veille, beaucoup. Les chemins étaient plein de boue, les épicéas du Bois-le-Prêtre ruisselaient d’humidité. Peu de visiteurs pour troubler le repos des poilus, là où en 1915, plus de cent ans avant, Allemands et Français se disputèrent pendant six mois la Croix des Carmes. Quatorze mille d’entre eux y périrent, faisant de ce site discret un lieu de mémoire classé et protégé. Et voilà que le 4 février au matin, les habitants de Montauville (Meurthe-et-Moselle) découvrent ébahis un spectacle de désolation. Des engins énormes s’activent dans la boue pour couper les arbres. Les chemins sont ravagés Entre les restes de souches pointent des ruines d’abris de poilus désormais exposés aux premiers pilleurs venus. L’émotion des associations des anciens combattants est vive face à cette profanation tout simplement incompréhensible. Pascal Fleury, maire de Montauville, raconte : « Ils sont arrivés comme des cow-boys avec leurs engins à l million d’euros, en pleine pluie sans avertir personne ! On est sur un site environnemental où on ne peut pas venir comme ça. C’étaient des sous-traitants, et on s’est rendu compte qu’ils ne savaient même pas gue le site était classé ! » Interpellé par les élus locaux, l’Office national des forêts, qui gère une partie du bois, plaide l’urgence sanitaire face à une attaque de scolytes mais n’explique pas pourquoi il a agi sans demander l’avis des services de l’État, en l’occurrence la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) et la Direction régionale des affaires culturelles (Drac). La réponse, c’est un agent de I’ONF, du syndicat Snupfen Solidaires, qui nous la donne, en toute confidentialité : « Notre erreur, c’est de n’avoir pas communiqué avec le maire, qui est en campagne pour les départementales - et donc qui a tout intérêt à faire monter ta sauce, La zone classée ne concerne qu’une petite partie de ce bois pour lequel une demande de coupe n’est pas nécessaire, mais pour une coupe exceptionnelle comme celle-ci, il est vrai qu’il aurait fallu la déclarer. » Il ajoute : « Le problème de fond, c’est que le responsable technique forestier du secteur est parti à la retraite et n’a pas été remplacé. L’intérim est assuré par un chef territorial débordé, peu au fait de la réalité du terrain, C’est un dégât collatéral des suppressions de postes. » Résultat ? C’est le bordel partout, et pas seulement en Lorraine. « Tout le monde est atterré par cette histoire, mais on est débordés par ces attaques de scolytes. » Tellement que le Snupfen Solidaires s’apprête à organiser un colloque pour réfléchir à une lutte contre les scolytes, toujours plus nombreux en raison du dérèglement climatique, qui n’aurait pas recours aux coupes rases. Une réflexion menée par les syndicalistes car la direction, elle s’en fout ». On n’a pas fini de râler sur les coupes rases commises par l’ONF !

Voir en ligne : https://www.estrepublicain.fr/envir…